Voilà, ça commence comme ça […Un train si petit mais aussi joli, on dirait le grand Henri IV précédé de panache blanc…], je ne sais plus, j’étais tout petit à l’époque., raconte mon grand-père.

En 1877, l’idée de doter l’Ile de Ré d’un chemin de fer est évoquée. Le transfert du sel, diverses marchandises et aussi de passagers ont été les raisons qui ont décidé la mise en place du train.

Le 9 juillet 1898, après 10 ans de mise en place du projet, les rétais peuvent enfin emprunter le chemin de fer, qui sera surnommé « Le Tortillard ». Le premier lancement est un franc succès, il faudra même rajouter quatre wagons dans les mois qui suivent pour assurer le bon fonctionnement du réseau. Néanmoins, la mise en place n’a pas suscité que des avantages. En effet, pas moins de 3000 expropriations ont été nécessaire pour l’établissement de la voie. Le convoi de passagers étant la principale activité du train, la ligne ne sera ouverte aux marchandises que plus tard. En cette année 1898, la voie ferrée s’étend sur plus de 36 Kms, passant par toutes les agglomérations et 3 voies secondaires reliant les grands villages de l’Ile. En 1899, une ligne secondaire de 1400 m est construite afin de relier le Phare des Baleines à la ligne principale.

Le Tortillard alourdi de passagers et gavé de charbon ne bat pas des records de vitesse et le trajet dure en moyenne de 2h30 à 3h00 pour relier les extrémités de l’Ile en comptant un arrêt à St Martin pour nettoyer et alimenter la chaudière. Ce rythme réduit, fait du Tortillard un endroit où les histoires vont "bon train", un lieu de rencontres et d’échanges.

C’est de la bonne humeur des rétais que le train tire sa magie et son humanité, les discussions sont enjouées et les anecdotes nombreuses. Mr AUJARD raconte : Il y avait je ne sais combien de wagons sur le train, mais à St Martin pour monter sur le Champs de Mars, ça monte un petit peu aussi, pas beaucoup, mais ça monte, il a recommencé 4 ou 5 fois avant de partir, c’est tout juste si on est pas descendu le pousser. C’était folklorique !.

Les années passant, le Tortillard deviendra de moins en moins utile et sera délaissé petit à petit au profit de moyens de transport plus pratiques et surtout plus rapides. En 1934, les derniers services de voyageurs sont définitivement remplacés, seul le sel est encore occasionnellement acheminé par le train.

Aujourd’hui, on ne trouve plus aucun vestige du tortillard, ni du chemin de fer, là où jadis serpentaient les rails, on a créé des pistes cyclables et des routes comme pour oublier le temps où l’on vivait doucement au rythme du bruit mécanique du petit de l’Ile de Ré.